Le voyage de Chihiro

Le voyage de ChihiroEn cherchant leur chemin pour rejoindre leur nouvelle maison Chihiro et ses parents s’aventurent dans un batiment étrange. Au delà d’un long tunnel ils découvrent une ville cachée où le merveilleux est roi.

Après la montagne Mononoke, on se demandait un peu si Miyazaki pourrait encore atteindre de tels sommets. En sortant du Voyage de Chihiro on est rassuré : le maître nippon n’a rien perdu de son art.

Chihiro ne joue pas dans le même domaine que Mononoke, donc difficile de vraiment les comparer. On retrouve bien sûr les thèmes favoris de Miyazaki, à savoir l’écologie (inséparable du Panthéisme omniprésent) teinté d’une certaine nostalgie des origines (certaines mauvaises langues diront « réac »), pourtant la forme n’est pas la même que Princesse Mononoké.
Mononoké etait une vaste fresque épique baignant dans le merveilleux « tangible », qui rappelait fortement certains Kurosawa. Il avait une assise dans le monde que nous connaissons (vagues références pseudo-historiques).
Dans Chihiro Miyazaki largue les dernières amarres qui le retenait encore au Réel : le voyage que fait Chihiro est plus une sorte de long trip magique, une dérive hallucinée, qu’un trajet précis au but connu. Plus que la destination finale c’est bien le voyage en lui même qui importe. Voyage initiatique donc, où les épreuves que doit affronter la petite fille bientôt adolescente sont autant de passages vers l’âge adulte.

A partir du moment où Chihiro et ses parents traversent le tunnel ils basculent de « l’autre côté du miroir » (pour reprendre l’expression d’Alice au Pays des Merveilles), un univers apparemment sans rationnalité, ou tout du moins qui fonctionne selon une rationnalité qui n’est pas celle de notre monde. Dans cet univers le Mal et le Bien ne sont pas clairement séparés, les personnages clés portent tous une ambiguité en eux, comme le monde dans lequel ils évoluent (le thème du double est ainsi récurrent dans le film : les 2 sorcières, le « sans visage » qui suit Chihiro comme son ombre, les deux facettes du jeune Dieu etc.) Dans ce monde-ci pas question d’éradiquer le Mal, puisque, tout comme le Bien, il participe à l’équilibre des forces qui fait que tout tient debout. On est bien loin d’un manichéisme à la Disney…
Autre thématique sous-jacente : la notion de mémoire. Mémoire du nom que la sorcière tente de voler à Chihiro contre un contrat de travail, mais également mémoire inconsciente et enfouie des tout premiers souvenirs (l’épisode de la rivière), qui est aussi importante -sinon plus- que celle dont on a conscience, semble nous dire Miyazaki. En protégeant et restaurant ses souvenirs et sa mémoire, le voyage que fait Chihiro vers l’âge adulte est aussi une affirmation de sa propre identité, une prise de conscience. Et c’est bien sûr un adieu à son enfance, d’où la mélancolie sourde qui baigne les dernières séquences.

Graphiquement presque parfait, ce film est véritablement un voyage, une sorte d’expérience quasi mystique, traversée
de fulgurances poétiques à l’état pur (le voyage en train est un véritablement une merveille). Film et songe se confondent dans un même foisonnement de l’imaginaire, et on a parfois l’impression un peu grisante d’être perdu dans le rêve d’un surréaliste génial qui n’a pas conscience d’etre endormi.

Si vous êtes, comme moi, assez peu habitués aux élans lyriques de l’animation japonaise, vous serez pour le moins déboussolés par l’invitation au voyage que nous propose le réalisateur H. Miyazaki avec « Le voyage de Chihiro ». Il faut avouer que la liberté narrative adoptée par les concepteurs laisse bouche bée. Chaque plan ne semble avoir de logique que grâce au plan suivant, ce qui laisse la porte ouverte à toutes libertés formelles et permet ainsi de donner toute sa force poétique à l’oeuvre.

La performance technique du film est également à saluer. Sa longueur (2h02) ne nuit en rien à l’intérêt qu’on lui porte. Bien au contraire, chaque séquence est l’occasion de découvrir de nouveaux personnages, de nouveaux décors et de nouvelles situations étonnantes, toujours fortement imprégnées d’une culture japonaise faite de dragons, d’esprits et de dieux débonnaires. En outre, le propos souvent naïf du film laisse apparaître de véritables moments de vie de l’enfant, comme cette superbe séquence où la petite fille prend le train pour la première fois.

Derrière une narration très informelle et ouverte à tous les excès imaginables, « Le voyage de Chihiro » s’assimile en fait à une fable naturaliste porteuse de valeurs universelles, à l’humour enfantin omniprésent. Une allégorie de l’enfance qui émerveillera les petits et rajeunira les grands.

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